Le cinéma africain et l'héritage de Guido Convents

Guido Convents (1956-2025) photographié ici avec Charles Ayetan
Guido Convents, le Belge récemment décédé, était un universitaire, critique de cinéma, historien et anthropologue dévoué et pionnier. Charles Ayetan, professionnel des médias, critique de cinéma et spécialiste du cinéma africain togolais, était un ami et collègue de Guido. Il affirme que l'influence de Guido Convents sur le cinéma africain est un héritage qui mérite d'être célébré.
Paul Samasumo – Cité du Vatican.
Guido Convents a travaillé pendant la majeure partie de sa vie professionnelle pour SIGNIS et a siégé à son secrétariat à Bruxelles. SIGNIS est l'Association catholique mondiale pour la communication.
Charles Ayetan, actuellement chargé de communication du SCEAM (Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar), basé à Accra, au Ghana, est également président de l'Union de la presse catholique africaine (UCAP) et membre de la Fédération africaine des critiques de cinéma (AFFC/FACC). Il a récemment partagé ses impressions marquantes sur la vie et l'œuvre de Guido Convents, d'un point de vue africain.
La contribution de Guido Convents au cinéma africain
J'ai rencontré Guido Convents en personne au Festival international du film FESPACO de Ouagadougou en 2009, et je l'ai revu la même année en France au Festival international du film d'Amiens. Cependant, avant cette rencontre inoubliable, Guido et moi avions échangé des articles et des nouvelles sur le cinéma africain et l'actualité africaine. À l'époque, je collaborais au journal religieux togolais Présence Chrétienne.
Pour moi, Guido était comme un frère et, en matière de cinéma, une figure clé. Bien qu'il fût un jeune professionnel des médias et critique de cinéma, il a fait preuve d'une grande confiance en mes capacités.
Un infatigable promoteur de l’image africaine
Guido était un défenseur infatigable de l'image africaine, et plus particulièrement du cinéma africain. Pendant des décennies, il a consacré sa vie à la recherche et à la publication de nombreux ouvrages sur l'histoire du cinéma africain, tout en assurant la visibilité des cinéastes africains. Au total, il a publié entre six et sept ouvrages sur le cinéma africain. L'un de ses ouvrages les plus marquants, paru en français en 1986, est « À la recherche des images oubliées : Préhistoire du cinéma en Afrique » (1897-1918). Il a également publié « Images et animation. Le cinéma d'animation en Afrique centrale. Introduction au cinéma d'animation en République démocratique du Congo, au Rwanda et au Burundi » (2014).
Avec Guido Huysmans et d'autres, Guido a fondé et organisé régulièrement le Festival du Film Afrika à Louvain, qui a constitué une plateforme importante pour promouvoir le cinéma africain, célébrer les cultures africaines et combattre les stéréotypes sur l'Afrique et ses peuples. À sa manière, Guido s'est également engagé à renforcer la présence de l'Église catholique dans les festivals internationaux de cinéma et à soutenir la reconnaissance des cinéastes grâce aux Prix œcuméniques et à SIGNIS.
Le cinéma africain est-il en pleine croissance ?
Oui, le cinéma africain est en plein essor. Sur tout le continent, de nouveaux films sont produits chaque année au Nigeria, en Afrique du Sud, au Kenya, au Sénégal, au Burkina Faso, au Togo, au Ghana et dans de nombreux autres pays.
Les plateformes de streaming en ligne et les festivals de cinéma internationaux donnent aux films africains une plus grande visibilité et créent de nouveaux marchés.
Cette croissance est principalement due à la jeunesse africaine, à la demande croissante de récits locaux, aux technologies numériques qui réduisent les coûts de production et à un sentiment croissant de fierté nationale et culturelle. Si des défis persistent, tels que le financement limité, le piratage et les lacunes en matière de distribution, la tendance générale est à l'expansion. Le cinéma africain progresse tant en quantité qu'en qualité, se forgeant une présence dynamique sur la scène internationale.
Par exemple, Nollywood au Nigeria sort plus de 2 000 films par an, ce qui en fait la deuxième industrie cinématographique mondiale en termes de volume de production, surpassée uniquement par Bollywood en Inde. Les films africains sont rapidement vendus et consommés par le public africain, de la diaspora et au-delà. Malgré les difficultés, une narration percutante et des modèles économiques innovants peuvent générer des revenus substantiels. Le cinéma africain est en plein essor.
Conseils aux jeunes cinéastes africains
Le cinéma africain joue un rôle fondamental pour raconter nos histoires, préserver notre mémoire et façonner la perception que le monde a des Africains. Je conseille aux jeunes cinéastes de rester ancrés dans leur identité : raconter des histoires africaines authentiques, reflet de leur culture, de leur histoire et de leurs réalités.
Comme le disait Guido Convents, le cinéma n'est pas seulement un divertissement ; il peut aussi être un outil d'éducation, d'identité culturelle et de transformation. De même, le cinéaste sénégalais Ousmane Sembene considérait le cinéma comme une « école du soir ». Sembene soutenait que le cinéma devait être à la fois divertissant et instructif, stimulant la pensée critique et servant de vecteur de réflexion sociale et politique favorisant le développement social.
Le monde entier est impatient d'entendre vos récits uniques. L'Afrique regorge d'histoires originales que seuls les cinéastes africains peuvent raconter, alors soyez créatifs.
Paul Samasumo – Cité du Vatican https://www.vaticannews.va/fr/afrique/actualites/2025-09/le-cinema-africain-et-l-heritage-de-guido-convents.html






